A priori, personne ne penserait au New Jersey comme destination de voyage. Ils sont peu nombreux ceux qui penseront s’arrêter sur la route entre Philadelphie et Manhattan, déjà hypnotisés par les gratte-ciel scintillants, avant de s’engouffrer dans le Lincoln Tunnel… Evidemment, son apparence de banlieue industrielle innervée d’interstates, turnpikes et autres parkways encombrées de rutilants poids lourds ou plantées de forêts de cheminées d’usines et de centres commerciaux alignant les magasins d’usine, n’a pas le glamour de Big Apple. Ses villes principales, Trenton, la capitale, ou Newark, l’aéroport international le plus facile d’accès pour New York City, n’ont pas le sex appeal de Philadelphie ou de Washington. Bien sûr, l’état souffre de son image d’annexe dortoir de New York, à peine rehaussée par la réussite de Frank Sinatra ou les exploits douteux des « Sopranos » dont on peut suivre le parcours par des tours organisés au départ de Manhattan. Entre faubourgs anonymes, usines, trafic et pollution, on a du mal à comprendre son surnom d’état jardin. Mais, comme toujours avec les Etats-Unis, évitons de s’arrêter à la surface des choses. Si Bruce Springsteen, le guitar-hero local a bien chanté le blues des cols bleus locaux déchantant du rêve américain, c’est ici, sur le sol du troisième état fondateur de l’Union, que ce sont écrites quelques unes des plus belles pages de l’histoire américaine quand l’avenir de la nation se forgea lors de la Guerre d’Indépendance lors des hivernages de l’armée de Washington près de Morristown et de son fameux franchissement du Delaware menant aux batailles de Trenton et Princeton. C’est à Camden (328 Mickle Boulevard) que vécut Walt Whitman, l’un des plus grands chantres de l’Amérique. Princeton, site d’une bataille décisive de la Guerre d’Indépendance en 1777, est l’un des établissements de la prestigieuse Ivy League, fondé en 1756. Sous les frondaisons du campus à la majesté altière toute britannique, on marche dans les pas de Francis Scott Fitzgerald, des acteurs James Stewart ou Brooke Shields sans oublier des présidents comme Madison ou Wilson. La Delaware Water Gap National Recreation Area protège une constellation de forêts, de lacs et de cours d’eau où se pratique le canotage, ainsi que des petits villages fantômes, hérités de la Guerre de Sept Ans. Autrefois, destination de villégiature prisée, elle est aujourd’hui l’une des grandes cours de récréation naturelle de la mégalopole de la côte est. Mais c’est sans doute la côte atlantique qui a les meilleures chances de vous attirer. Ses 130 miles sont une succession de belles plages de sable, en général sûres et propres, souvent bondées le week-end et parcourues par les caractéristiques « planches », trottoirs en bois kilométriques et parfois vénérables, dotant toute une série de stations balnéaires où, au milieu de petites villégiatures au parfum rétro tantôt victorien comme la délicieuse Cape May fondée en 1620 par les hollandais, tantôt fifties comme Spring Lake ou Wildwood, se dresse la ville qui a servi de modèle au Monopoly, Atlantic City.
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