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L’histoire de l’état, qui incarne sans doute au mieux l’esprit sudiste au plus profond du sud profond, est assez intimement liée à celle de la Louisiane avec les français Cavelier de La Salle, Bienville et d’Iberville ou Natchez, l’ancien Fort Rosalie. Le Mississippi, omniprésent, même domestiqué par ses « levees » (d’énormes et interminables digues) et, traversé seulement par quatre ponts lors de sa traversée de l’état (Greenville, Natchez, Tunica, Vicksburg), incarne et véhicule, avec ses nombreux affluents, l’âme du Delta, une vaste plaine plate nourrie des alluvions du grand fleuve, traduction littérale de son nom indien. Avant la guerre civile, le Mississippi, au temps du coton roi et grâce à la main d’œuvre bon marché fournie par l’esclavage, était le cinquième état le plus riche des Etats-Unis. S’étant trop reposé sur sa monoculture, il est devenu l’un des états les plus pauvres, la pauvreté n’étant plus toujours une question de race avec l’émergence des « petits blancs » et l’exode des noirs vers les grandes villes du nord comme Saint-Louis, Kansas City et Chicago, qui allaient accueillir leur musique avec enthousiasme. C’est aussi celui qui, dès la Reconstruction, s’avéra le plus durement ségrégationniste avec des épisodes souvent sanglants jalonnant la lutte des noirs pour leurs droits civiques. On se rappelle du film « Mississippi Burning ». C’est sans doute aussi celui qui a le moins changé depuis la Guerre de Sécession malgré l’arrivée des casinos qui n’ont pas enrichi l’intérieur des terres. Peu de vraies villes vont retenir le visiteur, étant avant tout des centres provinciaux tournés vers leur passé et où l’on se laisse vivre, alangui par la moiteur du sud : Jackson, la capitale, Natchez, l’une des plus belles villes sudistes possédant une superbe collection de bâtiments historiques témoignant de la splendeur enfuie du sud, ou Vicksburg dont le champ de bataille, classé parc national, rappelle la « Guerre entre les états ». Ce nom donné à la Guerre de Sécession dans le sud, qui comme le notait Mark Twain, a longtemps servi ici à dater les événements comme Jésus-Christ ailleurs, marque aussi le profond ressentiment à l’égard du pouvoir fédéral.
Ce qui fait le charme de cette région, c’est, dès que l’on sort des interstates et que l’on emprunte ses routes de campagne en se perdant par exemple sur la Natchez Trace, son atmosphère de terroir assez unique où les magnolias exhalent leur lourd parfum. D’altières plantations coloniales alternent avec des fermes modestes, des drugstores antédiluviens, d’humbles cahutes au rocking-chair grinçant, une véranda vénérable où l’on sirote un mint julep. Même si l’on peut préférer la nostalgie patricienne antebellum, il ne faut pas hésiter à plonger dans l’atmosphère poisseuse d’un juke-joint brassant du blues authentique. On a vite fait, au détour de la route 61 (la célèbre Blues Highway chantée par Bob Dylan dans son « Highway 61 Revisited »), de se retrouver dans une atmosphère nonchalante avec ici, une église de poche immaculée, là une forêt de cyprès drapés de mousse espagnole, des décors et des ambiances mélancoliques, inspirateurs notamment de deux grands écrivains natifs du Mississippi, Tennessee Williams et William Faulkner, et des vieux blues d’autrefois. « Mississippi Blues », le documentaire de Bertrand Tavernier et de Robert Parrish offrait d’ailleurs ce genre de rencontres improbables lors d’une balade où, lors de concerts tantôt improvisés tantôt organisés, on vivait la musique, inspirée par la misère et l’humour, sur les lieux mêmes de sa genèse.
Sur le plan pratique, on évitera la chaleur humide de l’été. Mai ou juin, l’automne avec l’été indien, sont des périodes plus agréables où l’on peut aussi profiter de la profusion des festivals locaux. Il n’y a pas d’aéroport majeur, Memphis étant sans doute la meilleure porte d’entrée. L’exotisme du train ou des croisières le long du Mississippi (aujourd’hui assez aléatoires) peut tenter certains. Pour l’hébergement, il existe de nombreuses opportunités pour se loger dans des demeures historiques dont les demeures de maître des planteurs. Plusieurs ont été transformées en auberges, hôtels de charme ou Bed & Breakfast. De quoi, ressentir toutes les vibrations sudistes…
La côte du Golfe du Mexique
Depuis le passage de l’ouragan Katrina, la côte du Golfe du Mexique bordant l’état du Mississippi panse ses plaies très lentement. Les villes côtières qui étaient autant de stations balnéaires ont été bien plus touchées que New Orleans. Biloxi, Gulfport, Pascagoula, Pass Christian ont vu se réinstaller des casinos, mais à l’heure actuelle, rien de ce qui faisait le charme de la région ne justifie le voyage.
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